BDSM et santé mentale : ce que disent les sources
Le BDSM est un trouble mental ? Ce que disent la classification de l’OMS, les critères psychiatriques et la recherche sur le kink et la santé mentale.
Fait partie du guide : Kink pour débutantes : consentement et sécurité d’abord
Par l'équipe éditoriale de SOMAS Management 8 min de lecture

Le BDSM est un trouble mental ? Beaucoup de personnes se posent cette question en silence, souvent à cause de quelque chose qu’elles ont lu ou entendu. Ce guide expose ce que disent quatre types de sources sur le kink et la santé mentale : la classification de l’OMS, un ouvrage de référence en psychiatrie, une étude et un annuaire de thérapeutes. Chaque source est citée en fin de page. Ce sont des informations générales, pas un diagnostic, et elles ne disent rien de votre situation personnelle. Pour cela, un médecin, un psychologue ou un autre professionnel de la santé est la bonne personne à qui s’adresser.
La réponse courte
Les sources concordent sur un point : un intérêt sexuel inhabituel n’est pas à lui seul un trouble mental. Les classifications réservent ce mot aux situations où il y a autre chose : une détresse durable, une gêne importante dans la vie quotidienne, ou un tort causé à des personnes qui ne consentent pas. Le tableau montre d’où vient chaque affirmation, et les sections qui suivent donnent le détail.
| Source | Ce qu’elle dit | Type de source |
|---|---|---|
| Classification de l’OMS, CIM 11 (World Psychiatry, 2019) | Les anciennes catégories de sadomasochisme et de fétichisme ont été supprimées, et les troubles paraphiliques se centrent sur l’excitation tournée vers des personnes qui ne consentent pas | Article de revue qui résume les changements |
| DSM 5 TR, tel que le résume le Manuel MSD | Un schéma inhabituel n’est un trouble que s’il est intense, durable et cause une détresse ou une altération importantes, ou nuit à d’autres personnes | Référence médicale pour professionnels, revue en octobre 2025 |
| The Journal of Sexual Medicine (2013) | 902 personnes qui pratiquent le BDSM et 434 personnes témoins : des caractéristiques psychologiques le plus souvent favorables dans le groupe BDSM | Une étude fondée sur des questionnaires en ligne |
| GoodTherapy | Aucune recherche n’a établi de lien entre l’intérêt pour le BDSM et des problèmes de santé mentale, même si les deux peuvent coexister | Page d’information d’un annuaire de thérapeutes |
Ce que dit la classification de l’OMS
La classification des maladies de l’OMS sert aux services de santé du monde entier. Sa onzième révision, la CIM 11, est décrite dans un article de 2019 de la revue World Psychiatry. Cet article indique que les anciennes catégories de sadomasochisme, de fétichisme et de travestisme fétichiste ont été supprimées. Il en donne la raison : la CIM 11 sépare les états qui relèvent de la santé publique et de la psychopathologie clinique de ceux qui reflètent seulement un comportement privé.
Selon le même article, la caractéristique centrale des troubles paraphiliques dans la CIM 11 est un schéma d’excitation sexuelle centré sur des personnes qui ne consentent pas. Une catégorie distincte couvre les comportements solitaires ou impliquant des personnes consentantes. Elle ne peut être retenue que si les pensées, les fantasmes, les pulsions ou les comportements s’accompagnent d’une détresse importante, qui n’est pas simplement la conséquence du rejet de ce schéma par les autres, ou d’un risque direct de blessure ou de mort.
Un article de 2017 de la revue Archives of Sexual Behavior présente les propositions que le groupe de travail de l’OMS sur les troubles sexuels et la santé sexuelle a préparées avant l’adoption de la CIM 11. Il énonce le principe de départ : le simple fait d’avoir un schéma d’excitation « atypique » n’indique pas un trouble mental. Atypique veut dire différent de ce que la plupart des gens trouvent excitant, ou de ce que l’on considère comme la norme dans une culture ou un groupe donné.
Le consentement est donc au centre de la ligne que trace l’OMS. Le consentement sexuel explique comment il fonctionne en pratique.

Ce que disent les critères psychiatriques
Le DSM 5 TR est un manuel de diagnostic utilisé par les psychiatres dans de nombreux endroits. Le Manuel MSD, une référence médicale pour les professionnels revue en octobre 2025, le résume. Il écrit que le caractère atypique d’une paraphilie, terme clinique pour un schéma inhabituel d’excitation sexuelle, ne suffit pas forcément à en faire un trouble paraphilique. Des personnes peuvent avoir des intérêts et des pratiques paraphiliques sans remplir les critères d’un trouble.
Dans ce résumé, un schéma d’excitation inhabituel n’est considéré comme un trouble que si deux conditions sont réunies :
- Il est intense et persistant, en général depuis 6 mois ou plus.
- Il cause une détresse ou une altération importante dans la vie sociale, au travail ou dans d’autres domaines importants, ou bien il nuit, ou risque de nuire, à d’autres personnes, par exemple à des enfants ou à des adultes qui ne consentent pas.
GoodTherapy note que le sadisme sexuel et le masochisme sexuel figurent dans le DSM 5 parmi les troubles paraphiliques. Il ajoute qu’un diagnostic de trouble du masochisme sexuel ou de trouble du sadisme sexuel peut être posé quand une personne éprouve une détresse importante, ou ne parvient plus à fonctionner dans la vie quotidienne, à cause de ces pulsions ou de ces comportements. Les deux sources vont dans le même sens : ce qui compte, c’est la détresse, la gêne ou le tort causé, pas l’intérêt seul.
Ce que dit la recherche
Une étude parue en 2013 dans The Journal of Sexual Medicine a comparé 902 personnes qui pratiquent le BDSM à 434 personnes témoins. Toutes ont rempli des questionnaires en ligne sur la personnalité, l’attachement, la sensibilité au rejet et la façon dont elles jugent leur propre état psychologique. Les auteurs rapportent des résultats le plus souvent favorables pour le groupe BDSM, dont un meilleur état psychologique déclaré, une sensibilité au rejet plus faible et moins de névrosisme, et un résultat moins favorable : une agréabilité plus faible. Les scores étaient en général plus favorables pour les personnes en rôle dominant que pour celles en rôle soumis, et les moins favorables chez les témoins. Les auteurs concluent que le BDSM peut être vu comme un loisir récréatif plutôt que comme l’expression de processus psychopathologiques.
Il s’agit d’une seule étude, qui compare des groupes. Elle ne peut pas parler pour une personne en particulier, et une étude seule ne tranche pas une question.
GoodTherapy, un annuaire de thérapeutes, écrit que la stigmatisation et les malentendus ont conduit beaucoup de personnes à croire qu’un intérêt pour le BDSM signale des antécédents de maltraitance ou d’autres traumatismes. Il affirme que la recherche a montré que c’est faux et que l’attirance pour le BDSM n’indique pas de psychopathologie. Il ajoute qu’aucune recherche n’a établi de lien entre l’intérêt pour le BDSM et des problèmes de santé mentale, ou des antécédents de tels problèmes, même si les deux peuvent coexister.
Lire ces sources avec prudence
Ces sources décrivent des groupes et des définitions. Elles ne vous décrivent pas. Être attirée par le kink n’est pas une raison de s’inquiéter, et ce n’est pas non plus une raison d’éviter d’en parler à quelqu’un quand quelque chose vous pèse. Pour le vocabulaire, voyez kink pour débutantes, et pour sept idées reçues, les mythes sur le BDSM.
Quand en parler à un professionnel
Le kink seul n’est pas une raison de consulter. L’article de 2017 écrit qu’aucun diagnostic n’est nécessaire pour demander un conseil ou une information sur la sexualité, et que le souhaiter n’indique pas automatiquement un trouble.
GoodTherapy cite plusieurs raisons pour lesquelles des personnes consultent à propos du BDSM :
- Savoir comment parler de ses intérêts à un ou une partenaire.
- Savoir comment participer en sécurité tout en répondant aux besoins d’un partenaire.
- Des difficultés avec l’aftercare.
- La crainte que ses intérêts nuisent à ses relations ou à ses responsabilités.
- Le désir de comprendre comment le kink s’inscrit dans sa vie.
Si une détresse dure, si quelque chose gêne votre vie quotidienne ou si vous ne vous sentez pas en sécurité, un médecin, un psychologue ou un autre professionnel de la santé peut vous aider. GoodTherapy note que les personnes qui pratiquent le BDSM hésitent parfois à consulter, de peur qu’un thérapeute associe BDSM et psychopathologie, et que le nombre de thérapeutes ouverts à la sexualité qui travaillent avec la communauté kink augmente. Un guide pour trouver un thérapeute sex positive indique où chercher et quoi demander. En cas d’urgence, appelez le numéro d’urgence local.
Questions sur le BDSM et la santé mentale
Le BDSM est un trouble mental ?
Pas à lui seul, selon ces sources. La classification de l’OMS a supprimé le sadomasochisme en tant que catégorie, et les critères psychiatriques cherchent une détresse durable, une gêne dans la vie quotidienne ou un tort causé à d’autres personnes.
Un intérêt pour le kink veut dire qu’il m’est arrivé quelque chose ?
GoodTherapy écrit que la recherche a montré que cette idée est fausse : l’attirance pour le BDSM n’indique pas de psychopathologie. Il ajoute qu’aucune recherche n’a établi de lien entre ces intérêts et des problèmes de santé mentale, même si les deux peuvent coexister.
Les personnes qui pratiquent le BDSM ont une moins bonne santé mentale ?
Une étude de 902 personnes qui pratiquent le BDSM et de 434 personnes témoins a trouvé des caractéristiques psychologiques le plus souvent favorables dans le groupe BDSM. C’est une seule étude, et elle ne peut pas parler pour une personne en particulier.
Je dois voir un thérapeute à cause du kink ?
Non. L’article de 2017 écrit que vouloir un conseil ou une information sur la sexualité n’indique pas automatiquement un trouble, et qu’aucun diagnostic n’est nécessaire pour les demander. Cela peut tout de même aider quand quelque chose vous pèse.
Un thérapeute va me juger ?
Certaines personnes le craignent. GoodTherapy note que le nombre de thérapeutes ouverts à la sexualité qui travaillent avec la communauté kink augmente. Pour la partie pratique, les questions à poser à un thérapeute lors d’un premier appel sont un bon point de départ.
Sources et pour aller plus loin
- Innovations et changements dans la classification CIM 11 des troubles mentaux, comportementaux et neurodéveloppementaux (article en anglais) World Psychiatry (Reed et al., 2019)
- Propositions pour les troubles paraphiliques dans la CIM 11 (article en anglais) Archives of Sexual Behavior (Krueger et al., 2017)
- Vue d’ensemble des paraphilies et des troubles paraphiliques (page en anglais) MSD Manual, professional edition
- Caractéristiques psychologiques des pratiquants du BDSM (résumé en anglais) The Journal of Sexual Medicine (Wismeijer and van Assen, 2013)
- BDSM : définition, consentement et apport d’une thérapie (page en anglais) GoodTherapy
Information générale de l’équipe éditoriale de SOMAS Management, fondée sur les sources publiques citées dans cet article. Elle ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un service de santé sexuelle, et les recommandations varient d’un pays à l’autre. Une relecture par un professionnel est prévue. Sources vérifiées le 28 octobre 2026.



